Une entreprise kenyane récupère l’eau contenue dans l’air

06/11/2018 08:00:36

Après avoir conçu ses propres filtres à eau alors qu’elle était étudiante, Beth Koigi travaille aujourd’hui à la création d’un système chauffé à l’énergie solaire qui, au Kenya, permet à des communautés privées d’électricité de transformer l’humidité ambiante en eau. 

C’est lorsqu’elle étudiait à l’Université de Chuka, sur le versant est du Mont Kenya, que Beth Koigi a pour la première fois essayé de résoudre des problèmes liés à la propreté de l’eau. Fatiguée de retrouver ces t-shirts blancs transformés en t-shirts marrons après les avoir lavés, mais ne pouvant s’offrir un système de purification de l’eau, la jeune étudiante de 22 ans décida alors de bricoler son propre filtre à eau. « Le pire c’est que la plupart des gens ne se rendaient même pas compte des risques qu’ils encouraient en buvant cette eau ; bien que les effets à court terme sur la santé ne soient pas toujours visibles, la forte teneur en plomb de cette eau peut causer des problèmes graves tels que des insuffisances rénales », nous explique la jeune Kényane, aujourd’hui âgée de 27 ans. 

5000 filtres à eau vendus 

Alors qu’elle faisait un mastère en planification et gestion de projets à l’Université de Nairobi, Beth Koigi décida de créer une entreprise et réussit à vendre plus de 5000 filtres en cinq ans. Cependant, la grande sécheresse de 2016 fut un tournant décisif. « Les ventes des filtres à eau ont alors chuté. À quoi bon acheter un filtre s’il n’y a pas d’eau ? », nous explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle décida de délaisser la décontamination de l’eau pour se concentrer sur la pénurie. 

Beth Koigi se demanda pourquoi on investissait autant de temps et d’énergie dans le captage et le transport de l’eau alors qu’il existe des technologies permettant de récupérer l’eau qui se trouve dans notre atmosphère sans avoir à se déplacer. Avec cette idée en tête, la jeune Kényane décida de poser sa candidature au Global Solution Program. C’est ainsi qu’elle fut admise à la Singularity University dans la Silicon Valley aux États-Unis où elle rencontra ses partenaires commerciales actuelles, Clare Sewell et Anastasia Kaschenko. Les jeunes femmes étaient animées d’une même ferveur pour résoudre les problèmes de pénurie d’eau à travers le monde. C’est ainsi qu’est né Majik Water. 

Six fois plus d’eau dans l’atmosphère 

« Bien qu’il y ait six fois plus d’eau dans l’atmosphère que dans toutes les rivières du monde, cette source d’eau potable n’a jamais vraiment été exploitée », nous explique Beth Koigi, ajoutant qu’il existe de nombreux obstacles au Kenya. « Étant donné que la plupart des technologies permettant de récupérer l’eau de la rosée, de la brume ou du brouillard sont très onéreuses et ne fonctionnent que si l’humidité est supérieure à 60%, nous avons dû trouver une méthode qui fonctionne avec un taux d’humidité de 35%, comme dans la plupart des régions semi-arides au Kenya. En outre, cette solution devait être moins chère car notre groupe cible est composé de communautés à faibles revenus dans des zones rurales et urbaines ». 

En alliant leurs connaissances et expériences, les trois jeunes femmes ont conçu un système à base de gel de silice. « Il s’avère que cette substance a d’excellentes propriétés d’absorption et de rétention de l’eau, même lorsque le taux d’humidité est faible. Sous l’effet de la chaleur, elle libère de la vapeur d’eau qui est ensuite condensée ; le gel de silice peut être réutilisé et réchauffé à volonté, ce qui le rend extrêmement rentable ». 

Chauffage à l’aide de concentrateurs solaires 

Elles ont opté pour un générateur d’eau collectif permettant de produire d’importantes quantités d’eau potable qui est ensuite vendue au niveau d’un poste à eau. « Cela revient moins cher que de se concentrer sur les ménages individuels ; de plus, nous souhaitons créer une activité pérenne », nous explique Beth Koigi. Grâce au prix de 17.500 dollars américains remporté lors d’un concours d’innovation en France, les partenaires ont pu créer un prototype qui permet de chauffer directement le gel à l’aide de concentrateurs solaires, ce qui revient beaucoup moins cher que d’utiliser l’énergie photovoltaïque traditionnelle. 

« Nous avons appris qu’il est impossible de prédire la réaction de la communauté lorsque l’on introduit de nouvelles technologies », admet Beth Koigi. « Lorsque vous distribuez des filtres à eau, vous vous attendez à ce que les gens les utilisent. Cependant, la majorité abandonne au bout de cinq jours car ce n’est pas dans leurs habitudes ». Pour cette raison, Majik Water a investi énormément de temps et d’énergie dans une étude de marché. Un projet pilote est également en cours de réalisation afin de s’assurer que le produit élaboré est bien adapté au public ciblé. Pour conclure, Beth Koigi ajoute : « En fin de compte, nous souhaitons vivre dans un monde où les femmes n’ont plus besoin de marcher pendant des heures pour aller chercher de l’eau et où tout le monde a accès à de l’eau potable ».

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