En Afrique, l’industrie du recyclage a le vent en poupe

En Afrique, l’industrie du recyclage a le vent en poupe

En dehors du défi qu’elle représente, la montagne de déchets solides qui croît en Afrique ouvre également des opportunités commerciales pour les « écopreneurs » qui convertissent les matériaux bruts en produits utiles et en énergie.

La croissance démographique, l’urbanisation rapide, une classe moyenne en plein boum et un changement d’habitudes de consommation et de modèles de production ont entraîné une augmentation exponentielle des déchets solides municipaux en Afrique. D’après le rapport «  Africa Waste Management Outlook 2018 », la quantité de déchets solides atteindra les 244 millions de tonnes par an d’ici à 2025, soit presque le double des chiffres de 2012.

 

Une mauvaise gestion des déchets engendre de sérieux problèmes de pollution environnementale, elle-même ayant des effets très nuisibles sur la santé humaine et l’environnement. Mais le tableau n’est pas si noir puisqu’en Afrique, la plupart des déchets produits peuvent être recyclés et réutilisés pour créer de nouveau produits. À l’heure actuelle, seuls 50 % des déchets d’Afrique sont collectés. Mais la collecte et le recyclage des déchets étant un secteur qui pèse plusieurs milliards de dollars aux États-Unis et en Europe, de plus en plus d’entrepreneurs africains voient des opportunités commerciales dans la collecte et le recyclage des déchets.

Des profilés en bois écologiques

L’entreprise sociale kenyane EcoPost, par exemple, transforme les déchets en plastique en profilés en plastique et en bois d’œuvre respectueux de l’environnement qui sont transformés en clôtures, en panneaux de signalisation routière, en mobilier extérieur et en terrasses, entre autres. « Aujourd’hui, nous produisons plus de 100 000 tonnes métriques de déchets par jour au Kenya, dont 20 % de plastique », explique Lorna Rutto, qui a quitté son poste dans une banque en 2009 pour lancer EcoPost. « J’ai vu une opportunité de transformer ces déchets en produits utiles et écologiques.

L’interdiction (imposée l’année dernière) de l’exploitation et de l’extraction du bois dans toutes les forêts publiques et communautaires a donné un élan supplémentaire à EcoPost. « Nous avons du mal à répondre à la demande actuellement », ajoute Rutto, qui affirme avoir retiré de l’environnement plus de 2,5 millions de kg de déchets plastiques et 1 million de kg de déchets agricoles, sauvé plus de 500 acres de forêt et emploie directement 50 personnes et indirectement plus de 2 000 personnes.

Collecte des déchets des bidonvilles à l’aide d’un tricycle de transport de marchandises

Le taux de collecte des déchets des pays africains va de 18 % à plus de 80 %, selon le rapport de l’UNEP. Les services de collecte des déchets sont particulièrement limités, voire inexistants, dans les bidonvilles, où vivent aujourd’hui plus de 50 % de la population urbaine en Afrique subsaharienne. En raison des routes étroites, non pavées, en pente et souvent glissantes, les systèmes modernes de collecte des déchets ne sont pas faciles à mettre en œuvre.

La société nigériane Wecyclers Corporation a trouvé une solution à ce problème. L’entreprise sociale utilise des tricycles de transport de marchandises (« wecycles ») à bas prix et assemblés localement, spécialement conçus pour circuler dans les rues étroites des bidonvilles, pour collecter les matériaux à recycler. L’entreprise visite plus de 15 000 foyers de Lagos par semaine pour collecter des bouteilles, des canettes et d’autres déchets. Les habitants reçoivent des points par kilo de déchets recyclés via leur téléphone portable, qu’ils peuvent échanger contre de la nourriture, des articles ménagers ou de l’argent liquide. Wecyclers vend les déchets à des entreprises de recyclage locales, comblant ainsi l’écart entre les collectivités et les entreprises de recyclage.

Transformer les déchets en monnaie

« Nous donnons aux ménages la possibilité de transformer les déchets en monnaie tout en fournissant un approvisionnement fiable en matériaux à l’industrie du recyclage locale », explique Ebube Okechukwu, directeur des médias numériques chez Wecyclers. Grâce aux efforts de Wecyclers, les volumes de déchets dans les zones couvertes par le programme à Lagos ont été réduits de plus de 35 %. Et le principe est simple et adaptable à d’autres communautés à travers le continent.

Le secteur formel des déchets en Afrique se développe également. Le gouvernement éthiopien, par exemple, a inauguré l’année dernière la première grande installation commerciale de valorisation énergétique des déchets (WtE) en Afrique. Cette usine, baptisée Reppie WtE, incinère environ 80 % des déchets de la ville, tout en fournissant 30 % des besoins en électricité des ménages d’Addis-Abeba.

500 000 tonnes de déchets organiques traités

Différents types d’usines WtE ont été ouverts à travers le continent. Par exemple, une usine du Cap convertit les déchets organiques en gaz et en combustible, et une usine de digestion anaérobie à Naivasha, au Kenya, qui traite 500 000 tonnes de déchets organiques par an, produit suffisamment d’énergie pour cultiver une ferme commerciale. Le Nigeria, le Sénégal, le Ghana, la Namibie et le Zimbabwe prévoient d’ouvrir des usines WtE dans un avenir proche.

Certains experts émettent toutefois des réserves à l’égard de ces installations thermiques WtE à haute température, comme l’usine Reppie en Éthiopie. « C’est une technologie très coûteuse à construire et à exploiter et elle peut être considérée comme une menace pour le recyclage, en particulier du papier et du plastique, qui ont généralement un pouvoir calorifique élevé et sont donc des matériaux recherchés dans cette industrie », déclare Linda Godfrey, professeur au Council for Scientific and Industrial Research (CSIR, le conseil de recherche scientifique et industrielle) en Afrique du Sud. « La prévention, la réutilisation et le recyclage des déchets créent plus d’emplois que l’incinération. »

Des millions d’emplois créés

Le PDF d’Ecopost également est un fervent supporter du recyclage en lieu et place de l’incinération. Rutto : « Le recyclage est en passe de devenir une industrie pesant plusieurs millions de dollars et qui créera des millions d’emplois au Kenya et en Afrique. » 

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