L'Afrique en lutte contre les sacs plastique

Author: Andrea

Une société danoise a démarré la construction d’une usine d’emballages biodégradables à Kigali (Rwanda). En interdisant totalement la production et l’utilisation des sacs plastique, ce pays verdoyant et vallonné est devenu un exemple pour les autres pays africains. Mais les entrepreneurs rwandais estiment qu'il ne s'agit pas d'une solution optimale. « L'Afrique a besoin d'un système de recyclage ».Une société danoise a démarré la construction d’une usine d’emballages biodégradables à Kigali (Rwanda). En interdisant totalement la production et l’utilisation des sacs plastique, ce pays verdoyant et vallonné est devenu un exemple pour les autres pays africains. Mais les entrepreneurs rwandais estiment qu'il ne s'agit pas d'une solution optimale. « L'Afrique a besoin d'un système de recyclage ».

Les millions de sacs qui jonchent les rues, les routes et les parcs de nombreux pays africains ne sont pas seulement une calamité esthétique, ils polluent aussi l'environnement en bouchant les égouts et en asphyxiant le sol. Beaucoup de tortues de mer meurent après avoir ingurgité des sacs qu'elles ont confondus avec des méduses. Jusque récemment, l’ingestion de sacs plastique était la cause de mortalité de 70 % du bétail dans la capitale mauritanienne de Nouakchott. Pire encore, les sacs plastique qui polluent notre environnement mettront, en fonction de leur épaisseur, entre 20 et 1000 ans avant de se décomposer. 

Nombre d’États africains envient aujourd'hui les rues propres du Rwanda depuis que ce pays a totalement banni les sacs plastique en 2008. La Mauritanie et le Mali ont suivi l'exemple en 2012 en bannissant à leur tour les sacs plastique. De nombreux autres pays d’Afrique tentent d'interdire l'importation et la production de sacs fabriqués à partir d'une fine pellicule de plastique et certains d'entre eux envisagent même d'élargir cette interdiction. 

« Faire ses courses avec des sacs en papier est moins attrayant »

Les entrepreneurs rwandais doutent que l'interdiction totale des sacs soit la meilleure solution. « Même si je suis fier de la propreté de nos rues, pour un entrepreneur comme moi l'interdiction des sacs en plastique est un cauchemar », déplore Emmile Mulego (44 ans), propriétaire d'un supermarché. Les sacs de papier brun qu'il doit utiliser sont plus chers et moins attrayants. « Les clients veulent voir ce qu'ils achètent. Faire ses courses avec des sacs en papier est moins attrayant ». 

Selon l'homme d'affaires rwandais, les sacs en papier ne sont pas adaptés pour le conditionnement des viandes. « Votre sac est complètement désagrégé avant même d’être à la maison. Mais aujourd'hui nous n'avons pas le choix ». Mulega considère que certains produits ont tout simplement besoin d'un emballage plastique. Un récent reportage diffusé sur France24 a montré que les boulangers rwandais se plaignent que les sacs en papier se déchirent trop facilement, ce qui gâte prématurément le pain qu'ils sont supposés protéger. 

Une usine d'emballage entièrement biodégradable à Kigali

Pour toutes ces raisons, la société danoise Field Advice a commencé cette année la construction d'une usine d'emballages entièrement biodégradables à Kigali. « La proportion des ingrédients peut déterminer à l'avance la date de décomposition du plastique », explique son directeur Mark Remmy, tandis qu'il pulvérise une fourchette en plastique dit oxo-biodégradable entre ses doigts. « Le Rwanda est un marché extrêmement intéressant pour notre société car il nous assure d'une grande demande. La population a beaucoup de mal à transporter ses provisions dans des sacs en papier notamment pendant la saison des pluies ». La fabrication de sacs en papier consomme en outre davantage d'eau et d'énergie que les sacs oxo-biodégradables.

Mulego, le propriétaire de supermarché, est partisan des emballages biodégradables mais il ajoute que l'Afrique a tout autant besoin d'un système de recyclage des déchets. « Beaucoup d'emballages en plastique continuent d'entrer sur notre territoire à cause du grand nombre de marchandises importées. Nous devrions collecter et réutiliser ces déchets. Cela ne bénéficierait pas seulement à l'environnement mais favoriserait également la création d'emplois ».

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