Jean-Patrick Ehouman : « La technologie pour prévenir la guerre »

20/05/2016 14:56:58

Jean-Patrick Ehouman a représenté Club Africa pour AIR FRANCE KLM lors de l’Africa CEO Forum d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Jean-Patrick a posé les questions que tous les jeunes entrepreneurs ne pouvant assister à cette manifestation brûlaient de soumettre à non moins de 15 PDG de diverses entreprises africaines couronnées de succès. Qui est l’entrepreneur qui se cache derrière l’ambassadeur de Club Africa en Côte d’Ivoire ?

Originaire de Côte d’Ivoire, Jean-Patrick Ehouman est entrepreneur depuis 2008. À l’époque, il vivait en France où il travaillait comme développeur Java au sein du Groupe Logware. À 22 ans, alors qu’il gagnait déjà beaucoup pour son âge, il se rendit compte qu’il n’y avait pas que l’argent dans la vie. Il décide alors de rentrer au pays pour y réaliser son rêve : mettre la technologie au service de la paix. En 2013, cette passion lui a valu le prix Tremplin pour l’entrepreneuriat étudiant et la culture de la paix en Afrique, décerné par l’UNESCO et le CEPS.

À la question de savoir comment la technologie peut contribuer à la paix, Jean-Patrick nous répond : « En Afrique, les jeunes représentent 70% de la population. Ce sont ces mêmes jeunes, parfois des enfants, qui se battent dans la majorité des conflits qui embrasent le continent. Dans un même temps, la technologie évolue plus vite que jamais et les jeunes en sont les principaux utilisateurs. La technologie peut nous permettre d’empêcher les jeunes de faire la guerre ».

Gérée par des jeunes

Jean-Patrick n’est pas prêt d’oublier la guerre civile qui s’est déclenchée en Côte d’Ivoire au lendemain des élections de 2011. Il est déterminé à mettre la technologie au service de la prévention de nouveaux conflits de ce type. Son ONG, Akendewa, est l’une des trois initiatives qu’il a lancées après avoir quitté son emploi en 2008. Elle organise une variété de projets éducatifs et communautaires qui partagent tous le même objectif : mettre la technologie au service de la paix. L’un de ces projets, CIV Social, utilise par exemple les technologies pour surveiller le processus électoral en Côte d’Ivoire.

« Nous avons lancé CIV Social en 2011, lors de la guerre civile », nous explique Jean-Patrick. « Ce projet a permis d’épargner 82 vies ! CIV Social est une plateforme qui nous permet d’identifier des problèmes dans tout le pays. Nous transmettons ensuite ces informations à l’armée, aux autorités, à la Croix-Rouge ou aux Nations Unies. Cela leur permet d’intervenir là où le besoin s’en fait ressentir. La plateforme est gérée intégralement par des jeunes. Ces mêmes jeunes qui pourraient être tentés de prendre les armes en période de conflit ».

Pour couper les tentacules de la guerre

Néanmoins, l’entreprenariat ne s’arrête pas là pour Jean-Patrick. Il repousse les limites de la technologie dans la prévention des conflits. « Au cours des élections de 2015, nous avons collaboré avec le gouvernement, les partis politiques et l’Institut démocratique national pour mettre sur pied une brigade numérique pour des élections pacifiques. 50 jeunes adultes (25 hommes et 25 femmes) ont d’abord été formés avant de scruter Internet jour et nuit pendant les quatre mois qu’a duré la campagne électorale. Ils expliquaient par exemple le processus électoral aux visiteurs de notre site web, identifiaient les foyers de violence naissants et ont même conçu une application permettant de trouver le bureau de vote le plus proche ».

« Insuffler aux jeunes l’esprit d’entreprise est une stratégie que l’on a tendance à sous-estimer », conclut Jean-Patrick. « C’est vrai en Côte d’Ivoire, mais également dans le reste de l’Afrique. Même si cela ne débouche pas sur la création d’une entreprise, les jeunes apprennent à se comporter en entrepreneur : prendre des initiatives et chercher des solutions. Munis d’une telle mentalité, les jeunes n’envisageront même plus de prendre les armes. Les tentacules de la guerre seront ainsi coupés ».

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